Blurred backgroundLe Premier ministre Sébastien Lecornu. (Image d'illustration)
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FINANCES PUBLIQUES SOUS PRESSION

Alerte aux finances publiques : recherche milliards (d’économie) désespérément… mais combien exactement ?

Entre l'inflation qui repart en raison du choc sur les prix de l’énergie et les incertitudes sur la croissance en berne, le Premier ministre a déjà annoncé devoir trouver six milliards d’économie, mais sera-ce suffisant ? D’autant que Sébastien Lecornu a confirmé de nouvelles aides à la pompe, qui risquent encore d’alourdir la facture budgétaire.

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  • Les 6 milliards d’économies annoncés sont jugés largement insuffisants face à un déficit proche de 150 milliards d’euros et à la hausse continue des dépenses énergétiques et sociales.

  • Les économistes plaident pour une réduction du périmètre de l’État, jugé trop coûteux et bureaucratique, avec des réformes sur les retraites, la santé ou les aides publiques.

  • La France risque un effet de ciseau dangereux entre ralentissement économique, explosion des intérêts de la dette et demande accrue de dépenses publiques.

  • La présidentielle de 2027 pourrait se jouer sur la question de la dette et des sacrifices à consentir pour sauver les finances publiques. 

Atlantico : Avec une croissance plus faible, une inflation persistante et de nouvelles dépenses liées à l’énergie et au carburant, les six milliards d’euros d’économies annoncés par le gouvernement peuvent-ils réellement suffire pour redresser les finances publiques ? 

Pierre Bentata : Non, cela ne peut pas suffire. D’abord parce que l’inflation et l’augmentation du coût de l’énergie dont vous parliez se traduisent en France par une hausse des aides et donc de la dépense publique, comme cela a été annoncé jeudi par le Premier ministre.

Quand il y a environ 1,6 milliard de dépenses supplémentaires dans le cadre de nouvelles aides face à la crise énergétique, vous pouvez toujours tenter de faire 6 milliards de déficit en moins, même si cela serait une première depuis longtemps dans notre pays, cela ne changera rien au niveau abyssal de la dette.

La moins mauvaise tenue du déficit entre 2024 et 2025 a finalement été moins importante que prévu. L’INSEE estimait d’abord le déficit à 5,7 % du PIB, puis à 5,4 %, avant qu’il ne soit finalement établi à 5,1 %. Cela représente malgré tout près de 150 milliards d’euros de déficit.  Ce résultat a été obtenu essentiellement grâce à une hausse des recettes fiscales, elle-même liée à une élasticité de l’impôt plus faible que prévu : en d’autres termes, malgré la hausse de la fiscalité, les contribuables ont réduit moins fortement leur activité qu’anticipé.

Mais cela montre aussi une limite importante. À terme, il ne sera pas possible de revenir simplement à l’équilibre, ou même de repasser sous la barre des 5 % de déficit, uniquement par de légers ajustements fiscaux ou une réduction marginale des dépenses. 

Donc, 6 milliards d’économies à trouver peuvent apparaître comme un véritable effort, mais encore une fois, lorsque l’on est à 150 milliards de déficit annuel, cela reste une goutte d’eau dans l’océan de la dette. 

 

Où le gouvernement peut-il concrètement trouver des économies sans casser la croissance ? Est-ce dans les dépenses de fonctionnement de l’État, les aides publiques, les niches fiscales, les collectivités locales, la santé, les retraites… ? Quelles pistes sont les plus crédibles et combien pourraient-elles rapporter ? 

Pierre Bentata : Les pistes les plus crédibles économiquement reposent d’abord sur un vieux serpent de mer : simplifier la totalité du système, quel que soit le domaine observé.

Les documents budgétaires le montrent très bien : que vous regardiez la formation professionnelle, la santé ou l’éducation, entre ce qui est dépensé et ce qui est effectivement reçu par les acteurs chargés de mettre en œuvre le service public, il existe toujours une dispersion comprise entre 20 et 30 %. C’est le coût de la bureaucratie.

La première chose à faire serait donc de simplifier cela. Mais, même en étant tout à fait honnête, même avec un système beaucoup plus efficace, sans réformer et redéfinir le périmètre d’intervention de l’État, il ne sera pas possible de revenir à un déficit acceptable.

Cela signifie qu’il faudra se demander si l’on continue à financer les retraites de cette manière, ou encore si tous les services publics aujourd’hui pris en charge par l’État doivent encore l’être demain. Sans se poser ces questions, il sera impossible de revenir à un déficit soutenable.

L’État est devenu trop présent, trop omniprésent, pour parvenir à un équilibre budgétaire. Continuer dans la même logique pour les années à venir signifierait que, si l’on voulait revenir à l’équilibre, il faudrait trouver 150 milliards d’impôts supplémentaires.

Cela reviendrait à doubler l’impôt sur le revenu et à doubler la TVA. Comme cela est impossible, il faudra bien, à un moment, se poser la question du périmètre d’action de l’État. 

Pierre Garello : L’idée générale est que nous ne devons pas juste ralentir le rythme de nos dépenses publiques, nous devons faire demi-tour. La meilleure façon de réduire les dépenses publiques sans nuire à la croissance est de réduire la sphère d’action de l’Etat et de retourner certaines de ses missions à la sphère des échanges privées (assurances, mutuelles, etc.) En procédant de la sorte on améliore le contrôle des prestations et des dépenses des assurés. Toute la science économique ainsi que l’expérience montrent que cela permet d’avoir des services de meilleur qualité à des prix moins élevés. Doivent rester du domaine de la dépense publique les services que la sphère des échanges volontaires ne peut fournir (on pense par exemple à une aide financière pour ceux qui seraient totalement hors circuit et ne pourraient accéder à une assurance). Ce faisant vous réduisez les dépenses publiques mais vous réduisez aussi, à périmètre de dépenses identique, le montant des dépenses des citoyens pour leur santé, leur retraite, leur logement, etc. C’est pourquoi vous faites du bien à la croissance (plus d’argent pour consommer et investir), tout en réduisant les dépenses publiques… A dire vrai, ce qui est étonnant c’est qu’il y ait encore tant de gens qui pensent qu’il faille augmenter les dépenses publiques pour accélérer la croissance. 

Quant aux niches fiscales elles sont le plus souvent contraires aux principes qui doivent gouverner la répartition de la charge fiscale (principes d’équivalence, de capacité contributives…). Parfois encore elles ont été introduites pour “corriger” ou comme “contrepartie” à des efforts imposés aux citoyens ou aux entreprises. Ce qu’il faut faire c’est supprimer ces niches là où elles ne sont la contrepartie de rien du tout : le pur fruit du lobbying. Par ailleurs, il faut revenir sur les politiques qui ont conduite dans certains cas à donner un privilège fiscal. Le crédit impôt recherche par exemple doit être supprimé mais on doit en même temps baisser l’impôt sur les bénéfices des sociétés et celui sur les plus-values. Il y aura alors les sommes disponibles pour que les entreprises financent la recherche (lorsque cela est effectivement une bonne chose à faire et non pas pour bénéficier de la niche fiscale). Il faut que l’Etat perde cette habitude prétentieuse de vouloir décider ce qui doit être fait de l’argent des autres: on vous taxe lourdement et si vous investissez dans la recherche on vous en redonnera un peu… 

 

Sébastien Lecornu réclame à ses ministres six milliards d'euros d'économies sur les dépenses de l'Etat et de la Sécurité sociale face à l’impact du conflit au Moyen-Orient. Où est-ce que le gouvernement pourrait trouver des pistes d’économies ? 

Pierre Garello : 1714 Mds d’euros: c’est, d’après l’INSEE, le montant des dépenses publiques en France en 2025 ; dépenses qui incluent le budget de l’Etat et celui de la Sécurité sociale. On peut donc s’étonner des difficultés rencontrées pour trouver 6 Mds d’économie. L’étonnement s’estompe toutefois lorsqu’on précise que ces dépenses ont conduit à un déficit pour l’Etat de plus de 152 Mds d’euros. Nous devons saluer le soucis de ne pas aggraver ce déficit et l’idée de demander à ses ministres de trouver les dépenses qui peuvent être sacrifiées à court terme me paraît sensée. Une autre technique pour réduire les dépenses est celle du rabot qui consiste à demander à chaque ministère et aux organismes de gestion de la Sécurité Sociale de baisser leurs dépenses d’un certain pourcentage (qui serait du coup très faible). La technique du rabot paraît moins sensée mais elle est parfois plus facile politiquement à mettre en place (le Canada l’a adoptée dans les années 90 avec un certain succès). Une autre technique enfin qu’il est malheureusement trop tard pour mettre en œuvre consiste à laisser les citoyens décider de ce qu’il faut sacrifier. Si l’on réduit les aides distribuées pour amortir les conséquences de la crise au Moyen-Orient, disons les aides à l’achat d’essence, le prix de l’essence augmente pour tous. Cette augmentation douloureuse du prix de l’essence se retrouve ensuite dans le prix des produits et services et chaque contribuable-consommateur devra décider lesquelles de ses dépenses doivent être sacrifiées. Dans tous les cas il faut faire des sacrifices. L’économiste tend à privilégier la troisième technique. 

 

Le gouvernement peut-il réduire durablement les dépenses publiques sans provoquer un ralentissement économique supplémentaire ni alimenter la colère sociale dans un contexte déjà très tendu ? 

Pierre Bentata : La colère sociale est inévitable dans un pays autant habitué à l’intervention de l’État et qui, d’une certaine manière, est en demande permanente d’intervention publique. Ce n’est pas uniquement la faute des politiques : c’est un système dans lequel chacun porte une part de responsabilité.

Dans un contexte où l’on compte autant sur l’État et où persiste un tel fantasme sur l’efficacité du service public, des tensions sociales sont inévitablement susceptibles d’émerger.

Prenons l’exemple de la santé. Aujourd’hui encore, malgré les enseignements de la période du Covid, qui a mis en évidence les fragilités de notre système hospitalier, beaucoup considèrent que la France dispose de l’un des meilleurs systèmes de santé au monde, à la fois protecteur et performant. Dans ce cadre, toute évolution vers davantage de privatisation ou de partenariats public-privé est souvent perçue comme risquée, voire catastrophique.

De la même manière, il nous est même difficile de parvenir à un accord sur l’âge de départ à la retraite. 

Il y aurait donc évidemment une grogne sociale en cas de réductions des dépenses publiques.

Dans le même temps, dans un pays où l’État occupe une place aussi importante, un ralentissement de la dépense publique aura nécessairement un effet sur la croissance à court terme. 

Il ne faut pas croire aux formules magiques de certaines personnalités ou responsables politiques qui expliqueraient que l’État peut se désengager tout en stimulant immédiatement la croissance.

Une mesure qui pourrait éventuellement fonctionner serait de baisser la fiscalité. Mais, dans le même temps, il faut réduire la dépense publique. Ce qu’il faut diminuer, c’est la dépense.

De toute façon, le temps que le secteur privé s’adapte et que les réformes soient mises en place, il y aurait un effet négatif à court terme. En revanche, à moyen terme, avec un horizon de quatre ou cinq ans, il serait possible d’obtenir des résultats très efficaces, à condition de montrer à la population que ces changements seraient avantageux pour tout le monde, afin d’éviter cette grogne sociale et de permettre la mise en place des réformes.

Typiquement, cela pourrait se concrétiser par exemple via la retraite par capitalisation. Aujourd’hui, notre système coûte extrêmement cher et n’est pas efficace. Une partie pourrait parfaitement être absorbée par la capitalisation. Pourtant, une grande majorité de la population pense que ce système est plus risqué ou qu’il n’existe pas, alors qu’il est déjà utilisé pour les fonctionnaires. Beaucoup considèrent également qu’il ne peut pas être mis en place, alors que les pays scandinaves le font et que la Norvège s’en sert très efficacement.

Il existe donc surtout un problème de courage politique, lié à la peur d’une mauvaise réaction des Français. Mais cette réaction de la société civile est inévitable. Il ne peut pas en être autrement lorsque l’on se trouve dans une situation comparable à celle de la grenouille chauffée à feu doux, qui finit par ne plus s’apercevoir qu’elle est en train de bouillir. C’est exactement ce qui se passe actuellement : l’État est devenu tellement important que l’on ne perçoit même plus son omniprésence ni le poids de sa croissance continue.

Il n’existe donc pas de solution miracle. Mais, à moyen terme, tous les exemples observés dans d’autres pays montrent que des réformes peuvent fonctionner. Il est possible de citer le cas de la Scandinavie, de l’Argentine, du Portugal ou encore, dans une moindre mesure, de la Grèce.

À chaque fois qu’un pays s’est retrouvé dans une situation comparable à la nôtre, il a fallu consentir des sacrifices. Il y a un aspect plutôt positif. Pour les pays ayant engagé ces réformes au cours des deux dernières décennies, la reprise économique a été forte et relativement rapide. Trois ou quatre ans ont souvent suffi pour commencer à inverser la tendance. La situation est douloureuse, mais notre pays n’a pas réellement le choix, sauf à accepter le risque de se retrouver face au mur de la dette.

 

 

La France risque-t-elle d’entrer dans une spirale dangereuse de déficit et d’endettement, avec une hausse continue de la charge des intérêts et un risque de perte de confiance des marchés financiers ? 

Pierre Bentata : Il existe un double risque qui produit un véritable effet de ciseau. Le premier risque concerne un potentiel ralentissement de la croissance lié à la situation actuelle. Cela ne dépend pas directement de notre pays, mais tout le monde sera touché. Dans des économies aussi interdépendantes qu’en Europe, les effets seront cumulatifs. Il y a donc un vrai risque de baisse de la croissance.

Dans le même temps, cela fera naître dans la population une demande accrue de dépenses publiques. Or, notre pays arrive à échéance de très importants emprunts liés à la dette, et leur renégociation se fera à des taux beaucoup plus élevés que ceux connus jusqu’à présent.

Même à dépenses constantes, le coût des intérêts de la dette va exploser. Si, en plus, il y a une baisse de la croissance et davantage de dépenses publiques pour compenser ce ralentissement, alors cela entraînera un double effet : une dette qui explosera pour deux raisons simultanément.

Évidemment, la France bénéficie encore d’une forme de traitement de faveur de la part des investisseurs étrangers et des agences de notation. Mais il arrivera un moment où la réalité nous rattrapera.

Lorsque le premier poste de dépense de l’État ne sera plus les retraites mais le paiement des intérêts de la dette — ce qui est presque déjà le cas aujourd’hui — cela signifiera que le pays est en faillite. Cela voudra dire que l’État prélève de l’argent non plus pour faire fonctionner ou maintenir le système, mais uniquement pour payer les dépenses passées.

La France n’est plus très loin d’avoir franchi ce cap. Selon le dernier rapport de l’IFRAP, entre 2027 et 2032, l’explosion des intérêts de la dette pourrait faire de cette charge le premier poste de dépenses de l’État et nécessiter de nouvelles hausses d’impôts. Le pays est donc proche du mur de la dette.

Pierre Garello : L’histoire nous enseigne que rien n’est irréversible. De nombreux pays (Suède, Allemagne, Grèce, Italie, Canda,…) ont sû rétablir leurs finances publiques. Certes, la France, depuis des temps immémoriaux, a chéri la centralisation et la dépense publique plus que tout autre pays (voir l’ouvrage de Jean-Philippe Feldman : Exception Française: Histoire d'une société bloquée de l'Ancien Régime à Emmanuel Macron). Pour cette raison nous avons bien souvent avancé dans la douleur. Alors oui, la situation actuelle est inquiétante et si cette inquiétude devient trop forte sur les marchés – pour donner un vague ordre de grandeur, l’Etat emprunte en moyenne pas loin d’un milliard par jour – nous allons payer notre dette de plus en plus cher et cette spirale peut être funeste. L’attitude responsable consiste donc à rassurer ceux qui consentent encore à nous prêter de l’argent. Et comme je l’ai dit, techniquement la chose est possible. Il faut engager les réformes que j’ai mentionnées plus tôt. Au plus nous attendons, au plus le redressement sera long et douloureux. 

 

 

Certaines mesures souvent évoquées dans le débat public — comme la réduction des niches fiscales, le recul de l’âge légal de départ à la retraite ou la diminution de certaines dépenses sociales jugées inutiles — pourraient-elles permettre d’obtenir rapidement des recettes importantes ? 

Pierre Bentata : Oui, cela pourrait être le cas. Dans une société vieillissante comme la nôtre, où les retraites représentent une charge aussi importante, toute réforme des retraites produit quasiment immédiatement des effets positifs.

Cependant, une solution plus radicale, mais probablement plus efficace, consisterait à engager une transition vers un système par capitalisation, ou vers une combinaison entre capitalisation et répartition.

En regardant les exemples étrangers - l’Estonie, les Pays-Bas - de nombreux pays ont redonné davantage d’autonomie et réintroduisent de la dépense privée, généralement mieux maîtrisée. La même logique dans l’éducation ou dans la santé est appliquée. Les cas de la Suisse et des Pays-Bas sont intéressants.

Il existe donc des chantiers dont les effets pourraient être visibles relativement rapidement. Les Pays-Bas se trouvaient, en 2006, dans une situation presque identique à la nôtre, principalement en raison des dépenses de santé.

Ils ont alors mis en place une forme de partenariat public-privé dans le domaine de la santé. Les deux ou trois premières années ont été difficiles. Les assurances et les mutuelles, qui devaient désormais jouer un rôle d’assureur public, ont dû se restructurer, et certaines ont fait faillite.

Mais en l’espace de six ans, le système est revenu à l’équilibre. Aujourd’hui, le pays affiche même un excédent budgétaire sur le poste de la santé, tout en conservant un haut niveau de qualité des soins. En réalité, le niveau de qualité des soins y est même plus élevé, particulièrement pour les plus modestes, qu’en France.

Il existe donc des pistes de ce type. S’attaquer aux niches fiscales est évidemment aussi une possibilité à très court terme, mais cette approche est souvent hypocrite et démagogique. La raison pour laquelle les niches fiscales sont aussi importantes en France, c’est avant tout parce que le fardeau fiscal y est extrêmement lourd.

Si vous ne simplifiez pas la fiscalité et que, dans le même temps, vous supprimez les niches fiscales, vous risquez de provoquer des situations dramatiques.

Prenons un exemple concret : si l’on remet en cause les lois Dutreil dans un contexte où la principale difficulté des petites et moyennes entreprises est déjà d’assurer leur transmission, alors beaucoup d’entreprises ne seront tout simplement plus transmises. Elles fermeront au décès du dirigeant et les enfants ne pourront pas les reprendre.

Si l’on ne réduit pas simultanément la pression fiscale poste par poste, il est impossible de supprimer les niches fiscales sans casser réellement la machine économique.

Ensuite, il sera facile d’affirmer que nous avons cassé le système parce que nous avons supprimé les mécanismes qui compensaient le poids excessif de l’État. 

Pour éviter de tomber dans ce piège démagogique - qui nourrirait aussi bien l’extrême droite que l’extrême gauche - il faut prendre en considération le fait que les niches fiscales existent aujourd’hui parce que le niveau d’imposition est trop élevé.

 

 

Avec la campagne électorale qui débute, n’y a-t-il pas un espoir de trouver des solutions, tous bords politiques confondus ? Le futur président pourra-t-il apporter un nouvel élan de réformes afin de réaliser des économies et de mettre en place des mesures positives, notamment en matière de finances publiques ? Cette campagne peut-elle être l’occasion de mener des réformes utiles ? 

Pierre Bentata : Cela devrait être le cas. Mais une condition est indispensable pour que cela se produise réellement. Il faut qu’il y ait une forme de consensus, dans la société comme au sein de la classe politique, sur la gravité de la situation de la dette française. Si la dette devient un sujet prioritaire, alors les programmes politiques contiendront mécaniquement des propositions ambitieuses.

En revanche, si les candidats et le futur chef de l’Etat reproduisent ce qui s’est passé lors des précédentes campagnes électorales, en reléguant la dette au second plan, alors rien ne changera. Si certains partis parviennent à imposer d’autres thèmes comme sujets principaux - par exemple des débats identitaires ou des sujets de diversion - alors les véritables enjeux économiques passeront au second plan.

Tout dépendra donc de la capacité des anciens partis de gouvernement, ou plus largement des candidats issus du centre gauche, du centre droit ou du centre, à promouvoir un débat rationnel. Un débat qui commence par la dette, l’impact du vieillissement de la population et la stratégie de la France face à la vague d’innovations portée par l’intelligence artificielle. Ce sont des sujets techniques et économiques qui devraient être au cœur de la campagne. En définitive, tout dépendra largement du courage politique. Les participants à cette campagne auront une responsabilité majeure dans ce qui se passera entre 2027 et 2032.

 

 

Les finances publiques sont en train de devenir le véritable sujet explosif de 2027 avec la dette qui dérape, la charge des intérêts qui explose, la croissance faible, les dépenses sociales sous pression… Est-ce que la prochaine présidentielle va se jouer sur une question devenue incontournable : qui va payer la facture ? Et ce débat peut-il provoquer une confrontation majeure entre la défense du modèle social français et la nécessité d’une cure de rigueur budgétaire ?

Pierre Garello : J’espère que la question des finances publiques sera au cœur des débats de la prochaine présidentielle et je pense qu’il en sera effectivement ainsi. Mais il ne faut surtout pas que ce débat s’organise autour d’une opposition entre, d’une part la préservation du fameux “modèle social français” et, d’autre par, la rigueur budgétaire. Ce serait rejouer les débats des précédentes présidentielles et nous savons à présent où cela conduit. J’espère donc qu’il y aura au moins un candidat – et pourquoi pas plusieurs – capable d’expliquer que pour atteindre les objectifs principaux recherchés lors de la mise en place du “modèle social français”, il faut abandonner ce modèle. Abandonner le modèle, mais pas les objectifs; c’est cela l’idée. Nous voulons pour tous de bonnes retraites, de bons soins de santé, une bonne école, des universités de qualité, une véritable sécurité des personnes et des biens. Le modèle social français part du principe que le mieux pour atteindre ces objectifs et de confier tout cela à l’Etat. D’où le montant record de nos dépenses publiques. C’est cette croyance qu’il faut remettre en cause. Aucune solution n’est parfaite, mais nous devons faire demi-tour sur certains sujets, nous devons revoir la liste des missions que nous avons confiées à l’Etat, car dans bien des domaines nous tournons pour l’instant le dos à la lumière.

 

 

A PROPOS DES AUTEURS

Pierre Bentata est Maître de conférences à la Faculté de Droit et Science Politique d'Aix Marseille Université. 

Président de l’IES-Europe, Pierre Garello est professeur d’économie à la Faculté d’Économie et de Gestion de l’Université d’Aix Marseille en France. Il a publié divers articles sur l’économie autrichienne, le droit et l’économie (en particulier le droit de la concurrence et le droit des contrats). Il est le rédacteur en chef du Journal des Économistes et des Études Humaines, une revue scientifique traitant de questions économiques, juridiques, philosophiques et politiques, dans la tradition de l’École libérale classique française.